Un comité ministériel s’est tenu ce matin (20/10). Vous trouverez ci-après l’expression de SOLIDAIRES FINANCES, faisant le point sur divers sujets d’actualité.
Ce Comité ministériel se déroule dans un contexte de crise sociale inédite. Alors, disons-le d’emblée pour éviter les raccourcis ou les faux débats, les violences commises contre les bâtiments publics et les commerces sont injustifiables, car elles ne règlent rien et pire, servent de prétexte à la répression, l’autoritarisme et l’intolérance. Elles desservent les revendications sociales des lycéens, étudiants, salariés et fonctionnaires qui s’expriment depuis le 29 septembre et discréditent toute parole revendiquant la justice fiscale, sociale et environnementale.
Le discours d’Emmanuel Macron du 18 octobre au soir est, pour nous, préoccupant, car nous entrons dans une sorte d’État d’urgence déconcentré qui ne dit pas son nom et qui permettra de remettre en cause notre légitime droit à manifester et contester. Pire, ce discours montre une nouvelle fois, la déconnexion du pouvoir face à la réalité quotidienne des citoyens et citoyennes, jeunes ou moins jeunes. Pas un mot sur les revendications légitimes des lycéens et étudiants qui n’aspirent qu’à une chose : étudier dignement. Pas un mot sur les salaires, les services publics, les prix qui flambent et pas seulement ceux de l’énergie, bref pas un mot, un seul sur les causes profondes de la colère sociale d’aujourd’hui. Et pourtant, depuis 10 ans, les choix budgétaires n’ont eu de cesse de détruire les services publics, la protection sociale, de faire exploser les inégalités et la pauvreté tout en protégeant les plus fortunés qui ne sont jamais contraints de participer aux efforts comme le prouve une nouvelle fois le projet de budget 2027. Concernant ce dernier, nous ne partageons pas l’optimisme voire l’enthousiasme du ministère et nous ne sabrerons pas le champagne ! Car c’est une nouvelle fois un budget d’austérité avec toujours moins d’agentes et d’agents pour les missions de nos administrations, moins de budget de fonctionnement et moins pour l’action sociale, l’inflation érodant le maintien affiché….
Plus qu’une « joie relative », nous rappelons que 60 % des répondants de l’observatoire ne sont pas satisfaits de leur rémunération, que 43 % ne sont pas satisfaits de leur charge de travail et que 30 % évaluent leur stress professionnel entre 8 et 10. Quand, dans le même temps, le recueil des facteurs de risques psychosociaux fait ressortir la charge de travail importante et la pression temporelle comme les deux premières contraintes liées au contenu du travail, ce n’est pas de la prose syndicale, mais vient directement des agentes et des agents eux-mêmes et doit être entendu. Or, on va encore nous demander d’en faire autant – voire plus … – avec moins.
Et là, Solidaires Finances ne peut continuer ses propos liminaires sans parler du nouveau drame qui touche notre ministère et plus particulièrement la DGFiP. Un collègue des services informatiques s’est donné la mort sur son lieu de travail. Pour Solidaires Finances, même si nous savons que les raisons d’un tel acte sont multifactorielles, se suicider sur son lieu de travail est un message fort et n’est pas anodin. D’autant plus, dans des services qui ne cessent d’être sous tensions, crises après crises, et qui souffrent de manque de moyens humains. Pour Solidaires Finances, la DGFiP mais également le ministère doivent agir pour éviter que de tels actes ne se reproduisent. Nous ne voulons pas que la DGFiP en particulier soit la nouvelle France Télécom !
Deux autres directions portent également des enjeux cruciaux pour leur avenir.
Il y a la Douane et la question d’une sorte de « Yalta » au travers d’un texte réglementaire post défaite RIPOST. Notre point de vue général ne sera pas modifié par ce « dispositif d’atterrissage ». Par ailleurs, on peut largement craindre que la négociation ne se déroule pas sur un principe d’égalité et aboutisse, au fond, et avec une évolution sur la durée, à une attribution de principe au Ministère de l’Intérieur, et une compétence d’exception à la Douane.
Si la Douane peut être considérée comme « gagnante » dans le PLF, il est clair que nous sommes avant tout dans le cadre d’une sorte de compensation, dont la portée peut vite se diluer … Par ailleurs, si on analyse son évolution en tendance longue, à plusieurs reprises, cette direction a fait l’objet de grands plans (pour des motifs divers). Mais ils ont pratiquement toujours été vidés de leur substance en tout ou partie, et n’ont nullement affermi les fondements en termes de missions. Ce regard en période longue est, pour nous, fondamental, pour l’ensemble des directions qui composent ce ministère.
Concernant la DGCCRF, nous avons pris connaissance des deux notes opérationnelles rédigées par l’IGF d’un côté et l’IGA d’autre part. La note opérationnelle de l’IGF défend le renforcement des services à compétences nationales et de l’administration centrale au détriment des services départementaux sous prétexte de lutter contre les fraudes complexes et le développement du commerce électronique. Ce qui va à l’encontre des positions portées par Solidaires qui depuis le début de la mission État efficace soutient que le contrôle du commerce électronique et la lutte contre les fraudes complexes nécessitent des effectifs dans tous les départements. Cette proposition semble d’ailleurs issue d’une note structurelle émanant de la DGCCRF, note dont les représentants du personnel de la CCRF ont découvert le contenu en lisant la note opérationnelle de l’IGA. Concernant cette dernière, nous ne nous étendrons pas ici sur ce document dans lequel fleurissent inexactitudes, approximations et méconnaissance des missions de la DGCCRF. Il donne l’impression qu’il aurait pu être écrit à l’avance, sans même rencontrer certains interlocuteurs. Le seul point sur lequel nous interviendrons est la découverte d’un projet prévoyant le passage de 95 implantations départementales à 53 unités regroupant pour certaines 2, 3 ou 4 départements, avec en ligne de mire la disparition à terme des plus petites implantations départementales.
Dans les deux cas, nous demandons un point de situation, face à des enjeux extrêmement lourds.
Nous devons aussi opérer un retour sur l’été que nous venons de passer et sur les leçons à en tirer. Nous ne pouvons plus traiter chaque été comme une succession d’événements exceptionnels, puis attendre le suivant pour redécouvrir les mêmes difficultés. Cela oblige à une réponse et à une adaptation de notre ministère. Cette réponse nécessite un plan ministériel associant des mesures RH coordonnées et précises, des mesures de prévention et de protection de la santé, un suivi médical adapté des personnes les plus vulnérables et des travaux d’ampleur sur notre parc immobilier. Les adaptations d’horaires, les pauses supplémentaires, le télétravail exceptionnel et les autorisations d’absence lorsque les conditions ne permettent plus de travailler en sécurité doivent relever d’un cadre national clair. La protection des personnels ne peut pas dépendre du bon vouloir de chaque administration voire chef de service !
Dans de nombreux endroits, notre bâti est vieillissant et inadapté à ces enjeux. Le rapport des ISST relève lui-même des insuffisances concernant la ventilation et la maîtrise des ambiances thermiques. Il faut engager et coordonner une cartographie ministérielle des bâtiments exposés aux fortes chaleurs, aux inondations, aux incendies et aux risques sismiques, en tenant compte des caractéristiques et de la localisation de chaque site. Cette cartographie doit déboucher sur un plan pluriannuel d’investissement, financé et assorti d’un calendrier, pour rendre nos bâtiments réellement protecteurs pour nos collègues. Il y a tout de même des lieux où nos collègues ont dû travailler à plus de 40 °C, face auxquels les messages condescendants (« Buvez de l’eau – habillez-vous légèrement») ne sont franchement plus de mise. Ce que nos collègues attendent de leur employeur, ce sont des décisions sur l’organisation du travail, des moyens et des bâtiments qui les protègent ! Dès l’été 2026, Solidaires Finances posait la question de la construction d’une réponse aux situations extrêmes, dans l’anticipation plus que dans la réaction. Cela reste une exigence forte pour nos missions et les agent.es qui les accomplissent.
Pour terminer nos propos, si vous souhaitez que les colères s’apaisent et que nous continuions à faire « ensemble » et non les uns/unes contre les autres, vous devez répondre aux revendications légitimes qui s’expriment à travers le pays et arrêter de briser l’espoir d’un vivre ensemble.
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