Parmi les nombreux chantiers qui agitent votre ministère favori, il en est un, un peu nouveau mais pas complètement : il s’agit de la santé mentale des agentes et agents. Il est vrai qu’il y a un certain nombre d’éléments factuels – et parfois dramatiques… – qui démontre que ce sujet est parfaitement légitime. Malheureusement, il reste encore des obtus, adeptes du « marche ou crève !» (dans le Service Public, il y a des chevaux de course, mais aussi d’indécrottables bourrins …) En version à peine plus light, on entend aussi la sentence « si vous z’êtes pas content.es, cassez-vous ! » qui, au fond, n’est pas beaucoup plus fine. Ne faisons pas de mauvais procès au ministère : il n’est pas dans ce trend-là et s’est emparé du sujet (avait-il vraiment le choix ? pas sûr …)
Pour synthétiser les travaux et faire un point d’avancement (car, à notre avis, nous sommes là sur un chemin à perspective longue), il y a deux éléments majeurs à mettre en lumière :
– un réseau d’acteurs, opérant sur différents fronts et à plusieurs niveaux, depuis la prévention jusqu’à la prise en compte, en cas de survenance du fait, au sens large.
– un ensemble de procédures et de dispositifs, parfois plus ou moins opérants sur le terrain, et pas toujours complètement connus, ce qui est d’ailleurs une des difficultés.
S’agissant du premier point, c’est, pour notre fédération, un indiscutable appui pour affronter le sujet. Nous pourrions même dire qu’on est là dans quelque chose où Bercy était plutôt à l’avant-garde. Le tout est de le rester, même si le problème RH (recrutement parfois difficile dans certaines spécialités) est une réalité. En tout état de cause, la réduction des moyens en la matière serait une erreur tragique et irait complètement à contre-courant. Si elle se produit, cela voudra dire que les engagements et belles paroles ne vaudront pas plus que le vide de l’air du temps.
Pour le second, c’est un vrai travail, dont il faudra veiller à l’accessibilité et à « l’employabilité » sur le terrain. Il manque, à notre sens, un cap et une sorte de lettre d’intention qui doit s’imposer pour le bien de toutes et tous. Au niveau du Secrétariat général, nous avons cru déceler une réaction positive sur ce point. Nous guettons donc les évolutions concrètes, l’évolution du « produit » et surtout la façon dont tous nos réseaux administratifs s’en empare
Pour SOLIDAIRES FINANCES, il ne s’agit pas là d’un sujet annexe ou gadget. Bien au contraire, l’enjeu est même double :
– protéger les agentes et agents à titre individuel, face au mal-être et au risque de drame. La prévention est évidemment une dimension fondamentale du sujet.
– préserver le collectif de travail. Or, c’est justement là-dessus, qu’à notre sens, la « littérature » administrative pêche quelque peu et ne donne pas à cet aspect la place qu’il mérite. Veiller à l’individu et à tous les aléas / situations qu’il est susceptible de traverser, c’est bien. Voir comment tout ceci s’articule avec le collectif, c’est encore mieux !
« Et l’éléphant dans le magasin de porcelaine, il arrive quand ? »
Et bien, maintenant …
En effet, on ne peut gloser ad nauseam sur le sujet, sans refaire une petite mise au point historique et de contexte.
Pour Solidaires Finances, la santé mentale est un enjeu de santé publique qui ne devrait pas être délégué en tant que tel aux employeurs. Les tenants de la bonne santé mentale résident en effet dans une multitude de facteurs sociétaux, environnementaux, familiaux… sur lesquels l’employeur n’a pas de prise. Le seul sur lequel il a la main, c’est l’organisation du travail et le traitement des risques psychosociaux associés. Ne renvoyons pas au seul individu la responsabilité de son état de santé et au collectif sa détection. Par ailleurs, il ne faut pas passer sous silence quelques « caractéristiques d’époque », qui font que le travail, de structurant, est devenu, dans une certaine mesure, déstructurant :
– les pertes d’emploi : pour éviter de rappeler des chiffres qui dépriment tout le monde, signalons que le ministère dans toutes ses composantes (de l’administration centrale en passant par la Douane et la DGCCRF, pour aller jusqu’à l’INSEE) compte maintenant le même nombre de personnes que la réunion, à l’époque, de l’ensemble DGI / DGCP (oui, pour celles/ceux qui calculent vite, c’est la bagatelle de 40000 emplois qui ont été « effacés »). Croire qu’une telle trajectoire n’a pas d’effet en termes de conditions de travail, et donc de santé mentale relève, au mieux de la vaste blague, au pire de la malhonnêteté intellectuelle caractérisée.
– ceci vient aussi se conjuguer avec la manie de la réforme perpétuelle, de surcroît trop peu – et souvent pas en fait – évaluée.
– le tout se greffant dans un contexte général bien plus incertain, voire inquiétant. Et parfois chaotique (il est rare, ces temps-ci, de passer une semaine sans entendre parler d’une grosse faille …). Ajoutons à cela le fonctionnaire bashing, tendance bas de gamme laquelle les gouvernements du moment prêtent parfois la main (G. Kasbarian à jamais dans nos coeurs!)
Bref, si à un moment ou à un autre, certains éprouvent une perte de sens, c’est juste … parfaitement compréhensible ! Si on veut vraiment oeuvrer pour la santé mentale, en plus des dispositifs évoqués plus haut, toutes ces questions feront immanquablement partie du voyage.
Notice introductive / Mode d’emploi de la (future) documentation :
« Bon, c’est bien gentil l’analyse syndicale de plus ou moins haute volée, mais où est-ce qu’on trouve tout cela, pour s’informer ? » Rappelons tout d’abord que la présentation est encore en cours d’évolution. Mais, soyons fair-play, vous pouvez d’ores et déjà arpenter les intranets directionnels et peut-être plus spécifiquement Alizé. Vous trouverez aussi plein d’informations sur tout site syndical qui se respecte. Il y a même d’excellents syndicats qui font des campagnes spécifiquement dédiées à la santé au travail, dont la santé mentale fait partie intégrante.
Pour un mental d’acier, vraiment ?



