A l’automne 2026, le statut de la Fonction Publique fêtera ses 80 printemps et le gouvernement saisit l’occasion pour lancer un grand chantier d’ici à cet anniversaire. L’objectif est de dresser un constat global et de dessiner des pistes pour son avenir (radieux ?).
Il est vrai que la sociologie française et celle de ses administrations ont beaucoup évolué en quelques décennies, avec des défis nouveaux. Faire face au vieillissement, tant de la population générale que des fonctionnaires, n’est pas le dernier d’entre eux. Au ministère de l’économie et des finances, champion toutes catégories de la destruction d’emploi en masse, un peu plus d’1 agent.e (titulaire) sur 2 est âgé de plus de 50 ans. Comme quoi, les suppressions d’emploi par milliers, c’est non seulement catastrophique pour les missions et les conditions de travail, mais c’est aussi indubitablement la meilleure façon de préparer l’avenir…
Pour ces grands travaux, il y aura trois collèges différents : les employeurs, les organisations syndicales et les jeunes agent.es, le tout avec des experts (élèves des écoles administratives, juristes, spécialistes IA…)
Cette organisation en trois « couloirs de nage » nous a d’emblée paru étrange. C’est un peu comme si on essayait de séparer des choses qui, en fait, sont étroitement liées, et qui, pour nous, doivent être englobées dans une même réflexion. Séparer les champs employeurs / organisations syndicales, c’est curieux et, au fond, assez peu en phase avec la notion même de dialogue social. Quant au dernier collège, le principe est très louable, les jeunes agent.es représentant l’avenir par construction. Mais les considérer à part à la fois des employeurs et des « OS », est un peu « zarbi » (est-ce vraiment jeune comme terme, çà ?!?). Et même vexant pour les deux autres groupes…
Mais ce n’est pas cela qui nous a fait sortir de nos gonds. Pour entamer cette réflexion, visiblement sans tabou, la première question posée est la suivante : « faudra-t-il encore des fonctionnaires sous statut pour assurer les missions de service public ? »
Tourner ainsi la question, c’est déjà un peu y répondre. A moins qu’il ne s’agisse d’une maladresse. Ou d’une provocation pour guetter la réponse suivante : « bien sûr que oui !! » Mais nous n’en sommes franchement pas sûrs à écouter nos divers interlocuteurs du champ politique. D’autant plus que d’ici à la présidentielle, les envolées libérales effrénées, les idées de vente à la découpe et autres sorties bien démagos risquent de se multiplier et de rencontrer – malheureusement – un écho certain. C’est donc d’autant plus navrant de démarrer ainsi ces travaux. Voire même à la limite de l’agitation énergique de chiffon rouge.
D’autres débats suivent. Nous avons une tendresse toute particulière pour les deux thèmes :
– unicité : faut-il la maintenir ?
– comment trouver des marges des manœuvres supplémentaires à donner aux employeurs ?
Par contre, des questions telles que pouvoir d’achat, rémunérations (grilles, point d’indice…) n’ont pas l’air de faire partie du champ des recherches.
Pour résumer, le son de cloche de départ semble être : comment réfléchir à l’avenir du service public … en continuant méthodiquement à en dynamiter les fondements !
Alors ce sera sans nous, à l’instar de plusieurs autres organisations. Si la préparation des enjeux de demain est légitime, partir sur ces bases-là n’est pas acceptable.
Pour SOLIDAIRES FINANCES, le service public doit demeurer sous l’emprise global du statut (ce qui ne veut évidemment pas dire que les personnels sous contrat doivent être traités comme quantités négligeables). Mais le statut demeure un élément structurant pour l’action publique. Faire la promotion déguisée de son étiolement serait un coup terrible porté à un fondement de l’organisation de l’État. Durant les 80 ans évoqués, le statut a prouvé toute son utilité. C’est toujours vrai aujourd’hui et cela le sera encore demain.
Revue prospective sur la Fonction Publique de demain : … plantée dès aujourd’hui ?



