Eco – responsabilité : volée de bois … vert ?

Eco – responsabilité : volée de bois … vert ?
Les Finances sont largement engagées sur ce front, avec un réel travail de suivi. Toutefois, ce point d’étape (période 2019-2024) est plutôt du genre déceptif. En effet, la cible de réduction de gaz à effet de serre (GES) est ratée et pas qu’un peu : on visait – 20 %, on n’est qu’à un petit -5 %. Le chiffre est toutefois à corriger dans un sens plus optimiste en raison d’une modification du mode d’évaluation. Toutefois, il est clair que le tableau de marche n’a pas été respecté.

Si on essaie de faire un état des lieux, on voit qu’en 2024, les émissions totales du ministère s’élèvent à 448 399 tonnes de CO2, ce qui équivaut à l’empreinte carbone annuelle de plus de 54 000 Français.
Les principaux postes d’émissions sont (par ordre de grandeur) :
– les achats de biens et services (42 % de l’ensemble)
– les déplacements domicile-travail : 58 % des kilomètres parcourus, mais avec l’automobile responsable à 94 % sur ce poste
– l’énergie des bâtiments, avec une vedette : le gaz (37 % de la consommation d’énergie, mais 62 % des émissions liées aux bâtiments)

Pour les achats, l’administration met l’accent sur le numérique éco responsable. Vue la vétusté du matériel informatique dans certaines directions, l’objectif est pleinement rempli !
Ecueil à éviter : la dégradation des conditions de travail des agents (exemple basique : l’utilité dans nombre de métiers d’un double écran).
L’équipement informatique nécessaire au télétravail permet aussi d’économiser des GES sur les trajets domicile/travail.
Il faudra aussi faire un bilan sur la consommation de l’Intelligence Artificielle.
Il y a également la nécessité de travailler sur la longévité des ordinateurs en adoptant comme la gendarmerie des systèmes d’exploitation libres (Linux) afin d’éviter l’obsolescence programmée imposée par les GAFAM à chaque mise à jour des logiciels payants.

S’agissant des mobilités, trois mesures sont sur la table :
– l’électrification totale de la flotte de véhicules (hors véhicules opérationnels) d’ici 2027.
– le déploiement d’un guide ministériel pour encourager le report modal vers le vélo.
– la limitation des vols intérieurs si un trajet en train de moins de 4h30 est possible.
Force est de constater une tendance au recul du télétravail dans certaines directions, avec une angoisse chez certain.es de perdre leur pouvoir d’emprise managérial. D’autres réflexions pourraient être plus poussées : articulation temps de trajet / temps de travail, prise financière en charge totale des transports collectifs, rattachement à un dispositif de covoiturage (à certains endroits, cela a été au contraire abandonné (?!?)
Enfin, l’installation de bornes électriques de rechargement est en train d’être généralisée et l’administration devrait dans la mesure du possible permettre aux agents (et extérieurs) de pouvoir utiliser les bornes de rechargement moyennant paiement.

Pour les bâtiments, les mesures sont assez basiques : plans de sobriété énergétique, suppression des chaudières au fioul, mais aussi réduction des surfaces de bureaux ….
Pour Solidaires Finances, il y a un élément à bannir : c’est le focus « tout responsabilité individuelle » (les consommations individuelles ne représentent que 9% des GES). Mais l’éléphant dans le magasin de porcelaine (éco-élaborée!) c’est l’hypothèque budgétaire ! Certes, les objectifs sont annoncés, les avancées sont bien documentées, les bonnes pratiques essaient d’être généralisées, etc. Cependant aucun budget spécifique n’est alloué, ce qui amène forcement a faire des arbitrages avec d’autres priorités…
Nous rappelons aussi au passage que la concentration du Service Public a aussi mécaniquement un impact, et cette fois tant l’usager que l’agent.e est concerné.e.

Le ministère a également fait un lien (utile …) avec EGALIM, rappelant que le sujet est multiple : santé / alimentation de qualité, mise en place de circuits vertueux (y compris en terme de souveraineté) et environnement. Par exemple, la plateforme « ma cantine » permet, en autres, une traçabilité des aliments servis dans les cantines administratives.
On partage pleinement l’ambition. Mais il y a aussi un petit coté chiffon rouge : si l’État veut être cohérent, il doit arrêter de fragiliser les budgets de l’action sociale, qui porte ces politiques. Et on ne se privera pas non plus du coup de griffe sur la promotion des produits français et européens (fort bien!), alors qu’« en même temps » on ratifie l’accord MERCOSUR qui livre notre agriculture à une concurrence mondialisée, dérégulée et pesticidée !

Pour conclure, ce « round » sur un sujet à la fois de long cours et d’urgence, nous laisse une impression bien mitigée, voire un peu plus … En effet, si la réalisation du bilan des GES permet un état des lieux précis de l’avancement de la politique d’éco-responsabilité au sein du ministère, ce dernier passe assez largement à côté de la cible fixée et les avancements sont encore bien trop timorés au regard des enjeux liés au réchauffement climatique. Il s’agit ici à la fois de réalisation concrète, mais aussi d’une nécessaire exemplarité.