La diversité aux Finances : réalité(s) en pleine lumière ?

La diversité aux Finances : réalité(s) en pleine lumière ?
Une réunion dédiée à ce sujet s’est tenue au niveau du ministère fin mai. Pour quelques uns, c’est un gadget, permettant à l’administration de se donner bonne conscience en affichant sa modernité. Ce serait là une vision bien courte du sujet, largement déconnectée des enjeux qui, pour nous, sont d’importance.

Donnons déjà un premier point au ministère : il a engagé des travaux d’étude d’ampleur et a même poussé la transparence jusqu’à communiquer directement le résultat, ce qui n’est pas systématiquement sa marque de fabrique (cf. une étude réalisée sur l’utilisation de l’IA qu’on attend toujours).

Reprenons ensuite quelques données de base :
L’enquête menée a connu un succès indéniable (1 agent.e sur 2 a répondu sur l’ensemble du ministère), ce qui rend les résultats très pertinents.
8 % des agent.es estiment avoir subi une discrimination. Les trois critères en cause sont : le sexe, l’âge et l’état de santé. Le ressenti se fait à l’occasion d’une évaluation, d’une potentielle promotion ou de la demande d’accès à un poste.
Pour Solidaires Finances, ce chiffre peut s’analyser de deux façons. Mathématiquement, il n’est pas « effroyable ». Toutefois, cela signifie quand même que près d’une personne sur 10 a cette perception. C’est tout sauf négligeable. Par ailleurs, si on le rapporte au volume de réponses, cela fait plusieurs milliers d’agent.es qui vivent ce sentiment. C’est donc un élément qui doit être pris en compte et sur lequel il faut travailler.
55 % estiment que le ministère agit efficacement contre les discriminations et pour favoriser l’inclusion. On peut s’en féliciter… ou trouver qu’un peu moins d’1 agent sur 2 qui pense que l’action en la matière est insuffisante, c’est beaucoup. Et c’est tout aussi parfaitement audible en termes d’analyse.

L’étude comporte aussi une cartographie reprenant plusieurs aspects : représentation de la diversité, répartition femmes / hommes, expression de l’identité au travail, perception du télétravail… Là, c’est une palanquée de chiffres plutôt satisfaisants.
Sur d’autres évaluations, le constat est bien moins joyeux et recoupe assez largement des éléments sur lesquels les organisations syndicales sont régulièrement engagées. On citera ici la discrimination en matière de promotion, notamment vers les postes « à haute responsabilité ». Autres mauvais points marqués : le regard porté sur le temps partiel ou encore la conciliation activité professionnelle / vie privée.

Dans les travaux, il y avait aussi une chose qui fera date (des purs déglingos à Bercy ?) : il s’agit d’une opération de « testing » à l’embauche, confiée à deux universitaires, avec les équipes du secrétariat général en appui. Décidément punk, le ministère a même poussé le bouchon jusqu’à nous donner le résultat sans le retravailler ou l’expurger. Le rapport indique qu’il n’y a pas de discrimination (le test se faisait par envoi de CV et demande d’information) à l’embauche, ni par le sexe, ni par l’âge. Admettons. Mais on rappelle que, dans la suite de la carrière, (promotion, accès à certains postes), la réalité est assez largement autre (cf. ce qui précède). Là où la transparence mérite franchement le coup de chapeau, c’est sur la reconnaissance d’une tendance discriminatoire, qui confine au phénomène raciste (terme pesé). Histoire d’être le plus factuel et exact possible, nous allons paresseusement citer in extenso le texte des chercheurs : « l’étude met en évidence une exposition aux discriminations selon l’origine nord-africaine ». Pour préciser la nature du constat, les chercheurs ont établi que, pour les 5 métiers étudiés, quand un.e candidat.e se voit attribuer une origine maghrébine, sa candidature a 7,5 % de chances en moins d’être retenue.
Pour se remonter le moral, on peut préciser que Bercy est dans les mêmes chiffres que d’autres ministères. Et que globalement le service public est bien plus vertueux que le privé dans ce type d’étude.
Il n’empêche que le constat est marquant. Et l’administration a eu le bon goût de ne pas planquer ce vilain chiffre sous le tapis.
Cet écart est évidemment quelque chose qui sera suivi du qualificatif « inadmissible », par nature et encore plus en raison des valeurs républicaines que le service public doit être le premier à faire vivre.

Pour Solidaires Finances, faire face à ces défis ne constitue pas juste un « à-côté », mais bien une politique qui doit avoir un caractère central. Le service public est le bien de toutes et tous. Mais il doit également avoir ce caractère inclusif à l’égard de ses propres agent.es. Au regard des attaques incessantes qu’il subit, c’est une nécessité encore plus impérieuse.
Pour être francs, s’agissant du service public en général, nous craignons terriblement la période politique qui va s’ouvrir et durer une bonne année. On risque de voir fleurir les plus grandes idioties réactionnaires, les idées du niveau comptoir ou plateau de Cnews et autres raccourcis bien simplistes. Raison de plus pour porter tout ce qui va dans le sens du progrès.